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Michel Bompieyre
Guillaume Goutal accorde une certaine importance au préalable dessiné de sa production, ses dessins scandent la temporalité du projet et son économie conceptuelle, témoignant ainsi à travers une certaine unité de style d'une grande variété de propositions. Ce jeune artiste pose dès cette phase l'interrogation de la place qu'occupe la "manufacture" dans son travail, prise ici dans son mode artisanal.De fait ces dessins conditionnent par cette question la nature des objets qu'ils génèrent, dans le genre ils émargent à un statut conventionnel, tout au moins tels que les sculpteurs les utilisent.En effet, tantôt picturalisés, tantôt à la limite de l'esquisse, ces dessins n'ont pas la prétention de délimiter un champ nouveau mais bien de témoigner du concept. En tant que tels ils doublent la représentation de l'idée, de la représentation spatiale de l'objet et plus rarement de son contexte : sauf à considérer que les fonds quadrillés d'anciens cahiers comptables sur lesquels ils s'inscrivent apportent leur part de contextualisation. La nature de ces supports tout en rigueur orthogonale, normée, établit un lien avec les comptes qu'il semble devoir rendre à l'histoire du dessin, à la technique qu'il tente d' accorder au vivant, voire à la physique dont il se prévaut dans son registre de références. De façon plus générale il cherche à échapper à ce qui enkyste la maîtrise artisanale et à maintenir l'idée que le vivant régulerait la technique en symétrie à une sorte de
morphogenèse. Guillaume Goutal en balisant lui-même le champ de sa pratique entre les Ready-Made de Marcel Duchamp et le palais idéal du Facteur Cheval, interroge sans cesse l'espace qu'il peut occuper dans l'élaboration d'une oeuvre contemporaine. Pareille position en échappatoire engendre un processus d'élaboration particulier de l'oeuvre, proche des "rencontres" chères aux surréalistes, chacun des éléments pouvant remplacer le précédent ou le suivant. Les pièces de bois ainsi élaborées par un bricolage savant tutoient l'artisanat, tandis que d'autres, moulages en résine d'objets manufacturés, tutoient le bricolage. Le point d'équilibre recherché semble bien être celui-ci, entre l'aspect brut des pièces et leur apparente finitude : ni trop méticuleuses, ni totalement bricolées, ni objets relevant entièrement du design, ni objets totalement délivrés de leur fonction d'usage. Saisie d'un certain maniérisme, cette oeuvre paraît flotter. Nombre des pièces en bois sont présentées accrochées en hauteur, d'autres comme les tours, sans socle, veulent rendre visibles les forces d'attraction et de réaction, d'autres encore nécessitent une surélévation du sol, d'autres enfin posées à même ce dernier n'ont pas la masse nécessaire pour s'y fonder. Combinatoire, analogie biologique, élévation... de tout cela nous parlent les dessins.

MICHEL BOMPIEYRE, in Livres de comptes
préface du catalogue de l'Ecole Nationale des Beaux Arts, Poitiers, 1999


Vue de l'expo