
ANNA MAISONEUVE
Do it yourself
Tout débute en 1995. Cette année-là, une poignée de jeunes plasticiens installés à Saintes imaginent un moyen de diffuser leur travail. « On n’avait pas de galerie, pas de lieu où montrer notre production, rembobine Guillaume Goutal. C’est de là qu’est née l’idée de créer ce projet. » Biberonné aux fanzines (ces auto-éditions qui connaissent une véritable expansion au milieu des années 1970 sous la férule du mouvement punk et de son credo do it yourself), le collectif choisit de lancer ses premières micro-éditions. « À l’époque, il n’y avait pas Internet et on n’avait même pas d’ordinateur. On s’envoyait par la poste une version qui était ensuite modifiée par un autre artiste, qui l’envoyait à son tour à un autre et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on aboutisse à toutes les pages », explique le diplômé de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.
La première parution trace déjà les grandes lignes éditoriales d’Orbe : un format carré (20 x 20 cm), une couverture- objet en tissu peint, imprimé en gravure sur bois, une vingtaine de pages en noir et blanc. Le tout édité à une vingtaine d’exemplaires. Au fil des ans, le collectif Orbe se structure autour des éditions du même nom et délaisse l’œuvre collective pour se concentrer sur celui d’une seule personne.
« La Rochelle a eu un rôle important dans notre aventure éditoriale, souligne le plasticien et éditeur Guillaume Goutal. En arrivant ici, nous avons trouvé un regard attentif du côté de la Mairie qui nous a proposé ce lieu où travailler et rencontrer le public. » Ce dernier se localise à proximité de l’Aquarium, dans l’ancienne criée, haut lieu de la pêche et encan historique de la ville. Dans leur atelier qui jouit également d’un showroom où s’organisent ponctuellement des événements, les éditions Orbe travaillent la gravure sur bois, la sérigraphie, la linogravure, l’offset, et reçoivent des artistes invités en résidence pour des livres ou des estampes.
Leur collection recense plus d’une cinquantaine d’opus signés par une kyrielle de plasticiens aux pratiques variées, voire transversales à l’image de Hendrik Hegray dont le travail croise le dessin, la musique, la performance, la photo, la vidéo, la sculpture ou encore de Bernard Szajner, plasticien, compositeur, théoricien de la musique et inventeur de la harpe laser popularisée par Jean-Michel Jarre.
« En général, les projets naissent de rencontres. Un artiste nous en présente un autre, ou on tombe sur le travail d’un plasticien qui nous séduit et on lui propose de faire un livre qui va entrer dans la collection. Ça ne fonctionne pas à chaque fois. Certains ne s’aventurent pas. Ce n’est pas leur truc. D’autres tentent l’expérience. Au fil du temps, je me suis rendu compte que c’était particulièrement intéressant de travailler avec des artistes qui ne sont pas familiers du médium. On les pousse dans des voies qu’ils n’ont pas l’habitude d’explorer. C’est là où c’est passionnant », poursuit Guillaume Goutal. Au demeurant, la part d’expérimentation est inhérente à chaque collaboration. L’esthétique célèbre le caractère hybride d’œuvres à cheval entre le fanzine et le livre d’art. « On a toujours été entre les deux, c’est ce qui fait l’identité de notre production », souligne encore l’intéressé.
L’autre dimension importante des éditions Orbe s’esquisse dans le choix même du nom. « Étymologiquement, orbe signifie ‘‘cercle’’. Ce choix s’est imposé à nous dès l’origine. Diffuser des œuvres, développer des échanges, confronter les points de vue, partager les ressources, créer une sorte de réseau parallèle entre artistes et avec le public... » Tels sont les principes qui fondent leur conduite !